Que Dieu soit béni pour toutes les grâces qu'il vous fait ! Les deux résolutions que vous avez prises, c'est sûr qu'elles viennent de l'Esprit saint.

La première résolution est de pratiquer plusieurs fois par jour l'examen de conscience. Je suis d'accord à condition que ce soit fait en esprit d'amour, d'union à Dieu, et en toute liberté ; que ce ne soit pas une recherche inquiète, mais une réflexion d'amour et de liberté, que doivent avoir les enfants de Dieu.

La deuxième c'est de ne vous préoccuper que de plaire à Dieu et de faire sa volonté, sans vous soucier de savoir si vous êtes digne ou non de faire partie du monde des enfants de Dieu. Vous sachant un pauvre et misérable pêcheur, laisser Dieu vous voir comme bon lui semblera.

Et c'est Jésus qui vous dira : "Ami, monte plus haut" (Lc 14, 10).

 

Voici les degrés par lesquels on va sur le chemin vers Dieu :

Le premier c'est de reconnaître que  Dieu nous a relevés par sa grâce d'un profond abîme de  misère, et d'infidélités, qui pouvait nous faire aller jusqu'au fond du désespoir. C'est ce qui nous fait crier : Des profondeurs je crie vers Toi seigneur, écoute mon cri, que tes oreilles soient attentives à ma détresse"

* Le deuxième degré, c'est d'être élevé par Dieu à devenir son serviteur,  tout en se sentant bien misérable. Nous sommes des serviteurs qui n'osent parler à leur maître qui les invite à se mettre à son service.

 * Le troisième degré, c'est quand à notre place de serviteur, nous osons nous approcher du maître, l'écouter, entrer en conversation avec Lui. Alors nous exécutons fidèlement et généreusement ses volontés. Et nous disons avec David "Je suis ton serviteur, le fils de ta servante (Ps 116). Sa servante, c'est l'Église, et Dieu donne à son serviteur un merveilleux zèle et un puissant amour pour son Épouse, l'Église. Nous nous attachons à elle, nous lui sommes liés indissolublement. Elle devient l'ancre unique de notre espérance, le fondement de notre salut. Tout cela, c'est bien au pauvre et misérable pêcheur que cela s'adresse ! Tous ne comprennent pas cette Parole. C'est bien à lui qu'il est dit : "Ami, monte plus haut"

* Le quatrième degré, c'est l'état d'enfant de Dieu, d'intime de Dieu "Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui sont nés non de la chair mais de Dieu." (Jn 1 12-13) "Désormais je ne vous appelle plus serviteurs mais amis" (Jn 12, 13). Qu'il monte plus haut ! Qu'il prenne hardiment cette identité d'enfant de Dieu, d'ami de Dieu ! Mais il est élevé à cette dignité parce qu'il garde en lui, au fond de son cœur et dans toutes ses activités, son identité toujours entière de misérable pêcheur, et celle de serviteur fidèle et généreux. Il faut tellement monter haut qu'on ne quitte rien du bas. C'est comme les plantes, plus elles montent haut, plus leurs racines sont profondes. Et Dieu nous fait monter plus haut encore, dans notre condition, notre dignité et notre conduite d'enfant du Très-Haut, car il met au fond de notre cœur des disposions essentielles à notre enfance divine :

- L'abandon qui est la remise totale de soi-même et de tout ce qui le concerne à Dieu comme à son  Père

- L'oubli de toute chose qui ne serait pas une tendance d'amour pur simple et tranquille, continuel et droit envers son Père

- La conviction inébranlable de l'amour infiniment grand et gratuit de ce Père à l'égard de son enfant. C'est dans ces deux amours réciproques du Père à l'égard de son enfant, et ce cet enfant à l'égard de son Père que consiste l'éclatante beauté et la grandeur de la divine et sainte enfance. C'est cela que le Fils éternel du Père est venu établir sur cette terre

* Le cinquième degré est l'exécution fidèle et amoureuse de tout ce que le Père ordonne d'être fait, omis, ou enduré ; c'est le fruit de cet amour mutuel. Toutes pensées, paroles, affections, peines, actions se trouvent emportées par cette aimable, douce et impérieuse violence de l'amour qui est le cœur même du Père où l'amour place, réjouit, submerge son enfant. Tout autre endroit devient pour lui une terre étrangère. cf Ps 91 "qui demeure à l'abri du Très Haut…

Tout cela se vit dans la rencontre de deux amours. C'est cela que Dieu veut vivre avec son enfant, Tel est son bon plaisir. Toutes les infidélités du pauvre et misérable pêcheur sont consumées dans ce feu divin,  et dans l'excès des bienveillances de ce cœur paternel.

Je voudrais vous en dire davantage sur l'abandon.

L'abandon, pour répondre aux grâces que vous avez reçues de Dieu votre Père, exige de vous la confiance, le délaissement et l'acquiescement.

* La confiance l'assurance fondée sur un immense amour pour Dieu et l'appui que vous avez en Lui. Dieu vous aime trop pour vous laisser tomber. Celui qui est né de Dieu ne peut périr (cf. Jn 1, 14). Souvenez-vous de ces paroles du Ps 37 : le juste ne se blessera pas quand il tombera, parce que le Seigneur le soutiendra de sa main. Ou de celles du Ps 91 : Le malheur ne te touchera pas, le châtiment n'approchera pas de ta demeure. Mille tomberont à ton côté et dix mille à t ta droite, mais de toi, il n'approchera pas. Parce qu'il a espéré en moi, je le délivrerai ; je le protègerai car il connaît mon nom.

Veillez à garder cette triple confiance en Dieu, à l'égard du spirituel d'abord, mais aussi pour le temporel, appuyez-vous et confiez-vous en Dieu. Et vous verrez, pour votre grand bonheur, combien le solide et pur amour de Dieu s'établira et grandira en vous.

* La remise totale de soi : le fruit de cette confiance c'est une chute de soi-même en Dieu pour se couler en Lui, c'est la remise totale de tout soi-même en Dieu. C'est rentrer dans son néant, pour retourner en Dieu, vrai lieu de notre origine, pour être recréés par lui. Greffés sur cette tige, sur ce tronc, sur cette racine, nous ne produirons plus que des fruits tout divins.

Nos actions, nos sentiments, nos souffrances, nos projets seront tout divins. Nous aurons quitté le passé où nous étions les dieux de nous-mêmes, où nous nous prenions nous-mêmes pour la source et le but. Nous reconnaîtrons que tout vient d'une source plus haute, plus profonde, bien plus grande que nous.

Jésus nous l'a dit par ces paroles : "Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit" et aussi qu'il nous faut "entrer de nouveau dans le ventre de sa mère et renaître". Le ventre de notre mère, c'est le Dieu créateur, la Providence infinie, infatigable, paternelle et maternelle de Dieu.

Comme cet état est précieux ! C'est celui de l'âme qui n'est plus conduite par un esprit propriétaire d'elle-même et par l'amour-propre. Elle est dégagée d'elle-même, et c'est l'Amour, l'Esprit Saint, qui prend la place de son esprit propre, qui est si petit. Voilà les vrais enfants de Dieu, les authentiques frères et sœurs de Jésus Christ : Il vivait cela en plénitude, pour nous en faire part. À nous de bien vouloir accepter de Lui ressembler, dans l'obéissance, la dépendance, la pauvreté, les tentations, les souffrances etc. "Rendus conformes à l'image de son Fils, ceux qu'anime l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu." Il n'y a que ceux-là de libres, tous les autres sont esclaves. Et voyez jusqu'où cela nous conduit.

* L'acquiescement Il est un Oui, doux, amoureux et filial qui provient du plus intime de notre cœur saisi par Dieu et par son amour. Un oui à toutes les volontés ce cette unique père et mère de qui toute paternité tient son nom au ciel et sur la terre. Et cela si rudes et surprenantes soient ses volontés, nous les accueillons comme des caresses et des approches de ce Père. En effet tout doit être tellement amoureux dans cette relation, que l'on y voit que bienveillance et sagesse au fond des cœurs réunis, celui du père et celui de l'enfant : " Père, je te demande que, comme Toi et moi nous sommes uns, ainsi qu'ils soient un en nous".

Alors vous pouvez entrer dans une grande familiarité avec Dieu.

Celle-ci exige plusieurs choses :

-  Une indifférence  pour tout ce qui n'est pas de Dieu, ce qui donne une grande liberté intérieure.

-  Une conscience sincère de notre extrême indignité

- L'oraison, qui dans une Foi vivante nous donne de nous entretenir amoureusement et respectueusement avec Dieu, dans la même liberté qu'aurait un ami avec son unique et intime ami.

- Ne rien faire, ne rien entreprendre, même dans son cœur en l'absence de Dieu. Croyons que nous sommes toujours devant Lui, et continuons, autant qu'il nous est possible, l'exercice de la présence de Dieu en toutes choses.

- Avoir l'amoureuse et la respectueuse liberté de demander à Dieu des grâces pour le prochain. Car nous devons nous servir des faveurs que dieu nous accorde pour faire du bien aux autres et procurer sa gloire. C'est bien plus la gloire de Dieu quand nous nous en servons en faveur de notre prochain, plutôt que pour nos propres intérêts, car la familiarité que nous avons avec Dieu est d'autant plus grande et véritable que nous sommes dégagés de nous-mêmes et de nos propres intérêts.

Texte extrait de la lettre 14 écrite à un père de famille

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