Quelques conseils extraits des Maximes pour la direction des âmes,

tant pour les directeurs que pour les personnes dirigées, publiées en 1694.

 

 

L' accompagnateur spirituel doit agir avec un total désintéressement.

 

Il peut éclairer mais il ne peut convertir ni même faire avancer une âme : c'est Dieu qui donne la croissance.

 

Il est souvent lui-même comme ces ruisseaux dont le fond est boueux et qui pourtant laissent courir et offrent une eau pure. Il doit travailler à être un saint, mais en fait il voit davantage les autres devenir saints. Il reçoit beaucoup de lumières et de dons célestes pour les offrir. Il est riche des biens d'autrui. Et si on séparait ce qui lui est donné pour les autres d'avec ses grâces et ses vertus personnelles, il se trouverait presque tout nu et pauvre et misérable. C'est comme un fleuve grossi par une quantité de rivières et de ruisseaux. Quand on s'oublie soi même en réponse à un appel de Dieu pour travailler au salut du prochain, Dieu prend un soin particulier de nous.

 

Il faut s'appliquer davantage à faire grandir le bien qu'à détruire le mal, parce que l'un suivra nécessairement l'autre. Quand le bien est établi, le mal ne peut plus subsister.

 

Un bon directeur spirituel agit sous la dépendance de l'Esprit de Dieu qui seul conduit les âmes. Il seconde en tout les moments favorables de la grâce, agissant selon les effets qu'il observe. Il doit plus écouter que parler, afin de profiter des lumières que Dieu lui donnera par les personnes dirigées, il doit avoir conscience que lui n'est rien.

 

Aller vers Dieu c'est comme aller vers le centre d'une grande circonférence auquel aboutissent  une infinité de rayons qui partent tous d'un point différent. Aussi faut-il une grande vigilance pour ne pas écarter les personnes du chemin unique qui leur est propre. Ce serait les égarer.

 

Il faut agir avec douceur, écouter avec patience, compatir, soutenir, et apprendre comment mêmes les misères peuvent être un chemin. Plus que rigueur et autorité de la loi, il faut employer attrait, amour, intelligence et savoir-faire. Sachez écouter les âmes peinées, même lorsqu'on n'y voit pas de remède. En attendant que Dieu y mette la main, on peut les soulager quelque peu, et par une douce conversation les libérer de la plus grande amertume de leur peine.

 

Il faut du lait aux commençants, se montrer indulgent à leur égard. Car à vouloir trop tirer quelquefois on perd tout. Mais on doit être plus exigeant lorsque l'âme est déjà gagnée à Dieu. Il ne faut pas qu'elle ait toujours besoin d'appuis humains y compris de celui du directeur : qu'elle ne soit pas comme une petite vigne qui a toujours besoin d'échalas.

 

Tout l'avancement d'une âme doit être fondé sur l'attrait de Dieu. Le directeur doit donc l'étudier, car c'est cela qui lui permettra de voir s'il faut pousser plus ou moins le cheminement commencé.

 

C'est l'attrait de la grâce de Dieu que la personne doit suivre chaque fois qu'elle l'appelle. Les différentes sortes d'arbres produisent des fruits divers. Il ne faut pas chercher des cerises sur un prunier. Il en va de même dans les âmes. Chacune doit porter le fruit de son espèce qui est celui de sa grâce et de son attrait. Tout l'art du directeur est de bien distinguer ce fruit, de le conserver et de le conduire a une parfaite maturité.

 

Le directeur compétent doit avoir soin de rabaisser le vol des orgueilleux qui voudraient servir Dieu d'une manière élevée, et purement intellectuelle. L'homme a été créé de boue et doit servir Dieu en allant vers lui par des chemins humbles et ordinaires. Dieu repousse les orgueilleux qui prétendent s'approcher de lui à la façon des anges. Quand Jésus annonçait les vérité les plus sublimes, il n'a jamais employé de comparaisons relevées, ni des raisonnements tirés des sciences les plus hautes. Il ne se servait que des paraboles les plus communes ; ses propositions étaient fort simples ; les conséquences qu'il en tirait n'avait rien de brillant. Il a dit et déclaré ouvertement :"Si vous ne devenez comme des petits enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux. C'est que Dieu a créé les intelligences célestes pour en être servis comme par de purs esprits. Mais il veut être servi par les hommes comme hommes. Il prend plaisir à nous voir agir en être humains.